NATACHA CHETCUTI "Se dire lesbienne. Vie de couple, sexualité, représentation de soi" (Payot, 2010)
discutante : Marie-Carmen Garcia
Natacha Chetcuti propose un ouvrage pionnier qui donne la parole aux lesbiennes et permet de comprendre l'expérience sociale de ces « femmes ». Elle décrit les trois parcours qui mènent à la construction de soi comme lesbienne (exclusif, simultané, progressif) et met en évidence le « processus de des/hétérosexualisation » qui permet une affirmation « identitaire » et une rupture avec les normes dominantes de la féminité. L'auteur s'intéresse aux façons de se dire aux autres, notamment auprès de l'entourage familial et professionnel. Enfin, elle analyse les modalités de la rencontre, les manières d'être en couple et la sexualité lesbienne en s'appuyant sur la théorie des scripts sexuels développée par John H. Gagnon. Par touches discrètes, les récits de vécus ordinaires – identitaires, amoureux et érotiques – des femmes (lesbiennes et hétérosexuelles) interrogées sont mis en perspective avec les connaissances issues des études sur le genre et la sexualité. En outre, l'auteur fait ainsi apparaître par l'analyse qu'elle produit des discours sur la nomination de soi, sur les formes relationnelles et les scripts sexuels un lien complexe entre la création et la reconnaissance de codes lesbiens (en tant que culture partagée) et les diverses représentations du lesbianisme et plus largement de la place occupée par les femmes dans l'espace social.
Natacha Chetcuti est sociologue et docteure en anthropologie sociale (EHESS), chercheur en contrat post-doctoral à l'INSERM, dans l'équipe : « Genre Santé sexuelle et reproductive ». Ses recherches portent sur les enjeux épistémologiques et politiques des catégorisations de genre. Plus récemment, elle s'intéresse aux questions de santé publique, plus spécifiquement sur le thème du genre et de la santé mentale et aux formes d'énonciation et de politisation des groupes minorisés dans le rapport laïcité et féminisme. Elle est l'auteur de plusieurs articles et a co-dirigé plusieurs ouvrages, notamment, avec Luca Greco, Le genre à l'épreuve des dispositifs de pouvoir, de langage et de catégorisation sociale (P.U. Paris 3, à paraître); avec Maryse Jaspard, Violences envers les femmes : trois pas en avant, deux pas en arrière (L'Harmattan, 2007) ; avec Claire Michard, Lesbianisme et féminisme. Histoires politiques (L'Harmattan, 2003).
Marie-Carmen Garcia est maîtresse de conférences en sociologie à l'Université Lumière-Lyon 2 et chercheuse au Centre Max Weber. Ses travaux portent principalement sur la production du genre dans des contextes institutionnels particuliers. Elle a publié récemment Artistes de cirque contemporain (La Dispute, 2011). Elle participe à une recherche sur les violences liées au genre en milieu scolaire et mène une investigation sur les relations extra-conjugales durables. Elle enseigne depuis plusieurs années dans les domaines de la sociologie de la sexualité, du couple et de la famille.
Lieu : Campus des Cordeliers, amphi Bilski-Pasquier : 21 rue de l'École de Médecine - 75005 Paris ///Métro : Odéon /// de 14h à 16h.
Colloque organisé par Françoise Flamant, Éliane Viennot, Joëlle Wiels & Anne Zelensky
Lieu : Auditorium de la Grande Galerie de l’évolution, 36 rue Geoffroy Saint Hilaire PARIS
Journée d’étude organisée par le Réseau de jeunes chercheurs « sciences sociales et VIH/sida »
, Coordination de la séance : Pierre Bonny (Rennes 2), Gabriel Girard (Cermes3 – EHESS), Elise Marsicano (Paris XI, Inserm).
Lieu : AIDES – Pantin
Organisatrice: Mireille Delbraccio (ENS/CAPHES/CNRS) et Liliane Maury (CAPHES/CNRS)
Lieu : EHESS, 105 bd Raspail, 75006 Paris.Le 3ème lundi du mois, de 11h à 13h
Organisatrices : Adèle Barclay, Danielle Barkley, Ariel Buckley, Claudine Jacques , Rosel Kim, Michelle LeDonne
Lieu : Université de MC Gill (Montréal, Canada), Thomson House Ballroom/Room 405, 3650 rue McTavish .
> Lien du programme complet
Thàme de la sé ance : Genre, sexualité et autres rapports de pouvoir dans les mobilisations homosexuelles
Discutant : Arnaud Lerch (Doctorant en sociologie, CERLIS, Paris V Descartes/CNRS)
Coordination : Anne Revillard (Université Paris 13, CERAL), Bibia Pavard (Sciences Po, Centre d'histoire), Alban Jacquemart (EHESS, IRIS), Magali Della Sudda (Institut universitaire europé en de Florence), Laure Bereni (Institute of French Studies, NYU/Centre Maurice Halbwachs-PRO).
Organisateurs : Mélanie Gourarier (doctorante LAS-EHESS) et Patrick Awondo(doctorant LAS-EHESS).
> MSH, 54 bd Raspail, salle 504, de 9h à 18h > > Voir programme complet (pdf)
"Féminismes, féministes : quelle transmission générationelle?"
Organisateurs : Centre Simone de Beauvoir de Nantes.
> Espace Simone de Beauvoir, 525 quai de Versailles, 44000 Nantes, à partir de 19h > > Voir programme complet (pdf)
Résumé de l’intervention
A partir d'une analyse des diverses tendances du féminisme dans leur dimension historique, cette intervention se propose de ressaisir les destins tout aussi divers que leur ont réservé les discours contemporains, tant ceux issus des débats universitaires dans la sphère académique que ceux qui inspirent les pratiques politiques. En s'efforçant de questionner le rapport de transmission des féminismes des années 1970 et 1980 aux mouvements de pensée les plus actuels, il s'agira d'identifier quelles sont les continuités à l'oeuvre, donc les apports, tout en assignant en même temps les tensions, voire les ruptures qui caractérisent ce qu'on pourrait appeler le rapport entre générations politiques.
>> Sébastien Roux, Docteur de l’EHESS, Chercheur associé à l’Iris
>> Marianne Blidon, Maître de conférences à l’Université Paris 1/Panthéon-Sorbonne
1er mercredi du mois de 19 h à 21 h (salle 1, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 4 novembre 2009 au 2 juin 2010
Les recherches en sciences sociales sont encore trop souvent aveugles à la dimension sexuée du processus d’enquête. Les analyses réflexives se sont multipliées depuis une trentaine d’années, mais elles continuent de minimiser – voire d’éclipser – les interrogations posées par le sexe des chercheur-e-s et les enjeux particuliers qu’il soulève. Et si ces questionnements sont aujourd’hui discutés par les sciences sociales anglo-saxonnes, ils peinent à s’exporter et résonner dans l’espace français. À partir d’études de cas, ce nouveau séminaire vise ainsi à développer une réflexion interdisciplinaire sur la place du genre et de la sexualité dans le processus de recherche (anthropologie, histoire, géographie, sociologie). Seront notamment abordés : l’influence du sexe dans les interactions entre chercheur-e-s et enquêté-e-s, les problèmes éthiques et déontologiques posés par l’analyse des questions sexuelles et la tension entre explicitation et préservation de l’intimité du choix du sujet à sa restitution. Si les travaux centrés sur le genre et la sexualité seront particulièrement discutés, le séminaire sera ouvert à une pluralité d’objets, ces interrogations traversant tous les domaines des sciences sociales.
Programme / résumé du séminaire - PDF
Résumé de communication
La neutralité, un des « sacro-saints présupposés de la recherche dite scientifique » (Descarries, 1994), au nom duquel il conviendrait d’opposer une position « objective » à une position « subjective » et une science « vraie » à une science « idéologisée », est une notion qui a été largement débattue par la sociologie et l’anthropologie féministe depuis les années
1970. Si ce débat soulève une question d’épistémologie, donc d’interprétation, on ne saurait oublier, ainsi que l’écrit M.C d’Unrung « que toute recherche interprète – ou n’est pas« (d’Unrung, 1975). D’où l’importance de la question soulevée et analysée par la critique féministe des sciences au nom des savoirs situés, c’est-à-dire d’une doctrine de l’objectivité incarnée (Juteau Lee 1981 ; Haraway 2009). Autrement dit, il ne peut y avoir de méthode scientifique objective sans prendre en compte le fait que nous agissons sur les faits et quelle
que soit notre posture nous produisons des objets scientifiques incarnés par le sexe, le genre, la race, les appartenances sociales et sexuelles. L’enjeu de cette communication est de saisir la
manière dont se fabrique le « savoir » en tenant compte des rapports de domination, autrement dit des structures, des situations qui produisent le langage des acteurs en présence, considéré comme partie intégrante d’une partialisation des données. Ce questionnement, issu de l’anthropologie réflexive et dialogique, permet de mettre en évidence la contingence
sociologique d’un rapport au monde d’où s’origine la production de données et de saisir ainsi la manière dont les savoirs locaux font sens, ceux-ci se trouvant recueillis dans un setting
particulier (Greco, à paraître) qu’est le terrain de recherche.
Monique Wittig (1935-2003) est l’auteur d’une œuvre importante : L’Opoponax, prix Médicis en 1964, estsalué par Duras, Sarraute et Simon. Suivent notamment des Guérillères (1969), Le Corps lesbien (1973) et Virgile , non (1985). Elle est reconnue et étudiée depuis longtemps déjà à l’étranger, et notamment aux Etats-Unis, où elle a vécu, écrit et enseigné à partir de 1976. En France, les enjeux de ses propositions formelles (on pense notamment à la « trilogie pronominale » : on, elles, j/e constituée par les trois premiers livres) restent à approfondir. Ce travail d’écriture est inextricablement lié à une activité militante et à une exigence théorique. Participant dès l’origine au Mouvement de Libération des Femmes, Monique Wittig défend un féminisme matérialiste et remet en cause la catégorie même de sexe : La Pensée straight, paru, tardivement, en 2001 en français, reprend la plupart de ses essais, et est devenu un texte de référence.
Lire Monique Wittig aujourd’hui, c’est interroger les rapports entre façons d’écrire, façons de parler et façons d’agir, tels qu’ils se manifestent dans ses textes même : « la seule opération politique qu’[un texte] puisse accomplir » c’est « introduire dans le tissu textuel du temps par la voie de la littérature ce qui lui tient à corps » (La Pensée straight, p. 92).
Il s’agira ainsi de revenir sur les effets produits par les textes de Wittig, pour en déployer la polysémie, condition de leur efficacité selon elle. On pourra aborder dans cette perspective les articulations internes de l’œuvre (les rapports entre versants théoriques et littéraires de l’écriture, notamment) ; on s’interrogera sur ce que Monique Wittig fait des autres textes (comment, par exemple, elle lit la littérature antérieure, le marxisme, les auteurs étrangers, le féminisme, ses aînés et contemporains du « Nouveau Roman », la sémiotique, l’anthropologie structurale ou la psychanalyse, etc.) ; on s’intéressera à des pans encore très méconnus du corpus, comme les textes dramatiques, que ce colloque sera l’occasion d’explorer.
On observera aussi ce que Monique Wittig produit aujourd’hui dans la littérature, dans la réflexion sur les genres et la théorie queer. A la suite des travaux déjà menés à l’étranger et en France, en particulier du colloque de 2001 à la Columbia University de Paris, on reviendra sur l’efficace actuelle des propositions formelles et politiques radicales de Monique Wittig (les modalités de lecture du texte wittigien, les réceptions de l’œuvre en Amérique du Nord, en France, plus largement en Europe, etc.).
Tirant toutes les conséquences de l’affirmation selon laquelle « chacun de nous est la “somme” des transformations effectuées par les mots » (La Pensée straight, p. 108), on multipliera les approches de ces textes dont la cohérence consiste à lier toujours création langagière, propositions sociales et politiques, redéfinition des sujets et questionnement des genres.
Ce colloque, qui se déroulera les 26 et 27 novembre 2009 à Lyon, se conçoit donc comme une invitation à lire ensemble tous les textes de Wittig (romans, théâtres, essais) et à examiner l’apport de leurs dispositifs politiques dans le tissu textuel de notre temps.
Cette journée se donne pour objectif d’aborder la question des relations entre langage, pouvoir et catégorisation à partir d’un objet d’analyse commun : le genre.
Les questions soulevées par les participantEs se situant dans les domaines de la linguistique, de la sociologie, des sciences politiques et de la philosophie sont :
-de quelle façon le pouvoir (entendu comme « une multiplicité des rapports de force » Foucault 1976 : 121) configure-t-il la façon dont nous catégorisons le réel ?
-quel est le rapport que nous entretenons entre un répertoire et un vocabulaire catégoriel transmis par la culture et la complexité et l’imprévisibilité de nos pratiques ?
-quel est le rôle accompli par le langage dans la reproduction et la contestation du pouvoir, (voire des normes de genre) ?
-comment nos pratiques quotidiennes indexent-elles le genre via (ou/et contre) un système normatif qui nous dépasse et qui se situe en dehors (ou en deçà) du hic et nunc des pratiques quotidiennes ?
-comment peut-on penser l’agentivité (agency) des acteurs au prisme des relations entre catégorisation, pouvoir et langage ?
Ces questions nous permettront enfin de proposer des pistes de recherches autour du genre en tant que dispositif linguistique, historique et normatif d’un point de vue pluri(et trans)disciplinaire.
Natacha Chetcuti, Luca Greco
Le modèle ancien du lesbianisme voué à la discrétion et à la pénombre semble être renversé par une revendication incarnée par une sexualité qui doit se dire. Les différentes approches nominatives et leurs diverses expressions selon les expériences vécues nécessitent des éclaircissements, à commencer par la compréhension des procédés utilisés et la manière dont ils sont maniés selon les trajectoires socio-sexuelles, les pratiques quotidiennes de sociabilité et les appartenances politiques lesbiennes. En outre, si les différentes manières de se définir varient selon les parcours, le passage d’une conception du lesbianisme à une autre peut modifier le rapport à la conjugalité, le contenu du « script » sexuel et la place de chacune dans le scénario. Les pratiques lesbiennes analysées et décrites pourraient ainsi contribuer aux questionnements sur les usages des catégorisations homosexualité, hétérosexualité, sexe et genre. L’analyse de leurs trajectoires et leur mise en regard avec les normes hétérosexuelles (du point de vue des femmes) ne permet pas seulement de cerner leurs éventuelles singularités, mais elle vise également à esquisser un déplacement des usages possibles des catégorisations sociales et politiques. Dans le cadre de cette intervention, cette proposition de dé-centrement par le sujet minoritaire s’ordonne principalement sur deux dimensions : l’auto- désignation et la conjugalité.
À partir de la formule de Simone de Beauvoir « On ne naît pas femme, on le devient » et celle de Monique Wittig « On ne naît pas femme », cette intervention se propose de revenir sur la notion de devenir femme et ainsi de rendre compte de l'élaboration des catégories de sexe au cœur du système social de l'hétérosexualité normative. Analyser en les comparant les textes de Beauvoir et Wittig permet d'interroger le présupposé de la différence des sexes comme modèle cognitif et son maniement dans les études sur le genre et celles sur l'hétérosexualité et l'homosexualité. Quelle voie dans la conquête du statut d'humain pour des sujets en devenir : la « masculinité » comme forme de mise à distance du conditionnement femme ou la redéfinition du principe de l'altérité par la dénaturalisation des sexes/genre ?