03/2010 – 03/2012, post-doc, Homosexualité, bisexualité féminine et contextes préventifs,
laboratoire Inserm U 340, CNRS URA 1457, projet financé par l’ANRS (Agence nationale de
recherche sur le Sida).
Responsable de la recherche : Nathalie Bajos.
Très peu de recherches sur la sexualité en France ont pris en compte celle des femmes bisexuelles et homosexuelles, alors que les données disponibles font apparaître un contexte épidémiologique des IST et infection VIH qui s’est sensiblement modifié depuis une dizaine d’années, allant vers une féminisation de l’épidémie. Les données récentes (CSF, 2008 ; ANRS 2008) ont montré que les femmes qui déclarent des pratiques homosexuelles ont souvent un nombre plus important de partenaires et une prévalence plus élevée d’IST que les femmes qui n’ont que des partenaires masculins. À partir d’une enquête sociologique par entretiens semi-directifs (30) auprès d’une trentaine de femmes homosexuelle et bisexuelles, le présent projet a pour objectif de caractériser les spécificités de leurs parcours, afin de saisir les logiques sociales qui structurent leurs trajectoires socio-sexuelles dès l’entrée dans la sexualité et leurs rapports aux risques liés à la sexualité. L’analyse des manières dont les femmes bisexuelles et homosexuelles se pensent et se situent par rapport à la norme sexuelle et à celle de genre par l’auto-nomination et le sens donné aux différentes expériences sexuelles selon les réseaux sociaux, l’âge, le type de partenaire sexuel, le moment de la biographie socio-sexuelle et le statut social, permettra de mettre au jour les conséquences d’une non reconnaissance des sexualités jusqu’à présent invisibilisées. Et par là même d’interroger les effets des différents modes d’auto-nomination sur les prises de risque en matière de santé sexuelle. L’analyse conduite en fonction de l’auto-nomination permettra d’éclairer la nature des risques et de la « vulnérabilité » au coeur même des contraintes sociales. C’est parce que les risques, dans un contexte d’homosexualité et de bisexualité féminine, se situent dans une spécificité qui est celle de l’invisibilité sociale que leur prise en compte, articulée à celle de la contrainte hétérosexuelle, permet de repenser les enjeux préventifs. Faire un tel diagnostic permet de proposer des résultats descriptifs d’abord, compréhensifs ensuite, pour éclairer des enjeux de santé publique jusqu’ici méconnus sur le plan qualitatif. Ce qui devrait permettre à terme de proposer une aide à l’élaboration de messages préventifs spécifiques destinés jusqu’alors davantage à la population homosexuelle masculine et hétérosexuelle.
Mots-clés : Sexualité, bisexualité, homosexualité féminine, auto-nomination, norme hétérosexuelle.
Based on a sociological inquiry by means of semi-directing interviews of about thirty homosexual and bisexual women, the aim of this project is to characterize the specificities of their experiences and practices in a qualitative sociological perspective in order to identify the social logic which leads their socio-sexual trajectories from the very beginning of sexual life. The benefit of such a qualitative approach is relevant to the quantitative results which are already available : they present an epidemiological context of IST and VIH which obviously changed since about ten years by feminizing the epidemic. Moreover, the recent inquiries 2 (CSF, 2008 ; ANRS, 2008) showed that women who declare homosexual practices often have a higher number of partners and present a, higher prevalence of IST than women who just have masculine partners. The analysis of the manners whereby bisexual and homosexual women think their practices and relate to the sexual and gender norms, for example by means of auto-nomination and giving sense to their various sexua experiences according to social networks, age, race, type of sexual partner, the stage of social-sexual biography and social statute, will allow to enlighten the consequences of the non-recognition of sexualities which have been until now minorized in order to analyse them in terms of social discriminations. The benefit of conducting the analysis according to the process of auto-nomination will allow to reveal the nature of risk and vulnerability which lies in social constraints. Il is because the risks in the context of feminine homosexuality and bisexuality take place in the very specificity of the social invisibility of which these populations suffer that their identification leads to improve the modalities of prevention. Such a diagnostic allows to propose some descriptive results at first, then comprehensive in order to lighten some stakes up to now unseen from a qualitative point of view in the field o public health. This approach will help the working out of specific preventive messages which were until now aimed rather to the masculine homosexual and heterosexual population.
Keywords: Sexuality, bisexuality, feminine homosexuality, auto-nomination, heterosexual norm.
En projet :
La préparation de l'ouvrage tiré de ma thèse d'anthropologie sociale.
Thèse soutenue le 18 décembre 2008 > Mention Très Honorable. Félicitations du jury à l’unanimité.
Laboratoire d’Anthropologie sociale. EHESS, Paris.
Normes socio-sexuelles et lesbianisme. Définition de soi, catégorie de sexe/genre et script sexuel.
Jury : Marie-Elisabeth Handman (directrice), Michel Bozon (président), Eric Fassin (membre), Paola Bacchetta, Michèle Ferrand (rapporteures).
À partir d’une enquête par entretiens auprès de 21 lesbiennes et d’une observation de terrain, cette thèse se propose de rendre compte de l’élaboration des normes socio-sexuelles des lesbiennes. Au-delà de l’analyse des discours sur les pratiques sexuelles, ce sont les manières
dont les lesbiennes se pensent et se situent par rapport aux contraintes normatives de genre qui sont mises au jour dans cette étude.
Par-delà la diversité des parcours pèse sur le processus de formation de soi des gais et des lesbiennes la contrainte normative à l’hétérosexualité, mais la force de cette contrainte n’opère pas de la même façon pour les deux sexes. En effet pour les lesbiennes, la question de l’invisibilité est intrinsèquement liée au statut social femme. Le but de cette recherche est de révéler, en s’appuyant sur les conceptions contemporaines du lesbianisme (mode de nomination de soi, pratiques de couple, composition du script sexuel), une réalité peu analysée en sciences sociales, et de contribuer à interroger la catégorie femme et l’organisation hétérosociale dans laquelle elle se définit.
Analyser les trajectoires lesbiennes permet d’interroger par la marge un ensemble de normes sociales régissant la sexualité, le couple, les représentations sexuées inhérentes à la norme androcentrée. Il en découle les questions suivantes : comment se définit-on lesbienne dans un contexte hétérosexiste ? Par quel processus peut-on se penser et se présenter aux autres ? Comment définit-on le couple quand les catégorisations de sexe ne sont pas le principal référent ? Et enfin, comment s’organise la sexualité quand elle ne repose pas sur la division hiérarchisée des sexes ?
Mots clés : genre, couple, lesbianisme, script sexuel, hétérosexualité, norme.
Based on fieldwork observation and enquiry (interviews with 21 lesbians), this PhD dissertation aims at giving an account about normative elaboration processes in lesbian sexuality. Beyond analysing sexual practices’ discourses, this study unravels the ways lesbians think of themselves, and how they relate to gender normative constrains. Though undergoing a wide range of different life paths, gays and lesbians have to face the heterosexual, normative constraint’s weight. But if such weight affects their Self formation process, it does not operate the same for each of the two sexes. For in the lesbians’ case, the question of invisibility is intrinsically connected to their social status as women. While relying on contemporary conceptualizations of lesbianism (self naming practice, couple practices, sexual script construction), this research consists in disclosing a reality that Social Sciences have not yet thoroughly analysed. Moreover, it keeps on questioning what is the “woman”’s category in relation to an hetero-social organization, which is its very context of definition. Lesbian trajectories’ analysis opens up a questioning from the margin, which applies to a set of social norms regulating sexuality, couple, and sexual representation inherent to a male centred normative system. Consequently, such questions arise: how is one able to define oneself as a lesbian, while living in an heterosexist society? Through which process is one able to think of one’s own Self, and introduce it to Others? How the couple can be defined, when assignation to sexual categories is not the main reference? And last, how is sexuality organized when it does not rely on a sexual, hierarchical divide?
Key words: gender, sexual script, couple, lesbianism, heterosexuality, norm.
Laboratoire d’anthropologie sociale (Collège de France – CNRS – EHESS)
52, rue du Cardinal-Lemoine, 75005 Paris.
